Kazan - Partie III

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Kazan - Partie III

Messagepar Bill » jeu. nov. 29, 2007 2:18 am

III. La rue Baouman


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A droite, le débouché de la rue B. Prolomnaïa (Baouman) sur la place Rybnoriadskaïa (G. Toukaï) au début du XXe siècle. Sur la droite, la maison du marchand Dokoutchaïev (maire de la ville de 1845 à 1847) et les magasins Triantofilidi et Toutourov (à cet emplacement se trouve de nos jours le magasin GOUM reconstruit au début des années 2000).

La rue centrale Baouman (пешеходная улица Баумана (б. Большой Проломной)) est probablement la plus ancienne rue de Kazan. Elle commence au pied de la colline du kremlin et se prolonge du quai de la Kazanka jusqu'au Koltso (l'Anneau comme l'appellent les locaux -- la place Toukaï). Cette voie s'est formée du temps des tatars de la Horde Nogaï (vers le XIIIe-XIVe s.). Elle conduisait du palais du khan jusqu'au Boulak (le canal qui relie le lac Kaban à la rivière Kazanka). Son appellation ancienne de Grande Brèche (Bolchaïa Prolomnaïa) vient du siège et de la conquête de la ville en 1552 par le tsar Ivan-le-Terrible au cours de laquelle les tours défensives Nour-Ali et Nogaïevskaïa avaient été détruites, créant ainsi un passage pour l'envahisseur. Vers la fin du XVIe siècle, un peu au sud de la rue Astronomique actuelle, s'est formé un nouveau faubourg appelé Bogoyavlénïa (de l'Epiphanie) du nom de l'église paroissiale qui s'y trouvait. Dès la fin du XVIIIe siècle, la rue de la Grande Brèche, proche du canal navigable Boulak, est la principale artère commerciale de la ville où se concentrent tous les marchands. D'ailleurs, à cette époque, on trouve en ce lieu de nombreuses églises consacrées à Saint-Nicolas, protecteur du commerce. En 1866, on y construisit également la Bourse. La rue a finalement été rebaptisée après la révolution de 1917 du nom du bolchevik Nikolaï E. Baouman né à Kazan en 1873 et assassiné à Moscou en 1905 (où l'Université Technique d'Etat MSTU porte aussi son nom). En grande partie reconstruite ces dernières années (notamment selon les projets architecturaux de E. Evseev, N. Novikov et F. Evsseva) et ses immeubles du milieu du XIXe siècle progressivement rénovés, la rue Baouman se présente aujourd'hui comme une artère piétonne très fréquentée (l'« Arbat » de Kazan/казанский «Арбат») où se trouvent de nombreux magasins et boutiques commerciales, des cafés, bars et restaurants (dont l'inévitable McDonald's), des bureaux et centres d'affaires, un hôtel, et autres lieux de détente et de loisirs.

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L'horloge à l'entrée de la rue Baouman sculptée par I. Bachmakov sur fond de façade de l'hôtel Tatarstan situé de l'autre côté de la place Toukaï. (photo © 2006 AnVer)

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La vue ci-dessus, prise de la place Toukaï (bouche de la station de métro), montre, sur la droite, le grand magasin GOUM (ouvert en 2002) qui fait l'angle et, de l'autre côté de la rue, un peu plus loin (devant le récent palace-hôtel « Chaliapine »), le haut clocher de l'église de l'Epiphanie. En remontant la rue vers le Kremlin, la première chose que l'on remarque c'est cette curieuse horloge-minaret sur piédestal en bronze dont les trois cadrans de 1,50 mètre de diamètre sont ornés de chiffres écrits en langue tatare et de motifs arabes, également décorée de héros du folklore tatar issus de contes du jeune poète Gabdoulla Toukaï (Chouralié, Soukhra, Sou anassy...). Un peu plus loin, c'est une petite fontaine représentant l'ondine Sou anassy et son peigne en or, personnage également issu d'un conte tatar écrit par G. Toukaï. Selon la légende, le khan Mohammed-Amin avait une jolie et sage sœur. Un jour, ayant étudié la magie et la divination, elle prédit la chute du khanat et, effectivement, ses prédictions se réalisèrent. Pour éviter d'être faite prisonnière par l'envahisseur russe, la princesse préféra se jeter dans le lac Kaban (ou lac du Sanglier) où elle se transforma en esprit des eaux. Depuis ce temps-là, il lui arrive de temps à autres de sortir la nuit du lac et de se promener, triste, vers la colline du Kremlin, contournant les ruines du palais du khan et s'asseyant près de la mosquée détruite. Les nuits d'été, on peut parfois la voir assise sur une pierre avec un peigne en or dans les mains, mais si elle s'en aperçoit, elle retourne aussitôt se réfugier dans le lac... Pour la petite histoire, les murs de la récente station de métro souterraine de la place Toukaï sont aussi décorés de mosaïques représentant des personnages des contes du poète tatar (dont Sou anassy). Les deux compositions en métal («Городские часы» и фонтан «Су aнасы» (Дух воды, водяная мать) на улице Баумана) ont été réalisées par Igor N. Bachmakov (2000).


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L'ondine (ou fée des eaux) Sou anassy et son peigne en or assise sur un rocher-fontaine situé à l'entrée de la rue Baouman, une sculpture en métal d'Igor Bachmakov. (photo © 2005 S. Chigapova)

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La rue B. Prolomnaïa (de la Grande Brèche) et ses voies de tramway au début du XXe siècle.


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Le clocher de l'église de l'Epiphanie représenté sur une carte postale du début du XXe siècle (à droite) et de nos jours.

Visible de très loin, le haut clocher détaché de la cathédrale de l'Epiphanie (dont on aperçoit les coupoles dorées à l'arrière-plan et qui date de 1741-1756) est un point de repère remarquable du centre ville, et une curiosité de la rue Baouman que les clients du récent palace-hôtel « Chaliapine » (le bâtiment sur la gauche) peuvent contempler à loisir depuis leurs fenêtres donnant sur la rue (Колокольня Богоявленского собора, ул. Баумана, 78 ). Ce clocher a été élevé entre 1895 et 1897 selon un projet de l'architecte H. Rouch et en grande partie sur les fonds du marchand Ivan S. Krivonosov (décédé en 1892). Sa construction, dirigée par M.D. Mikhaïlov, avait à l'époque nécessité près de 2 millions de briques et avait coûté près de 50.000 roubles (dont 10.000 rien que pour les fondations). Une cloche de 860 kg y fut installée en 1900. L'ancien clocher à chatior bâti au-dessus du réfectoire de l'église (qui, elle, est deux fois plus ancienne que le nouveau clocher) fut démoli quelques années plus tard, en 1909, en raison de sa vétusté. Au premier étage, se trouvait une église dédiée à Saint-Jean-le-Précurseur. Fermé par le pouvoir soviétique en 1939, le clocher servit d'entrepôt et abrita pendant très longtemps un atelier de réparations de lunettes. Si l'église (devenue cathédrale au XXe siècle avant sa fermeture) a été récupérée par le patriarcat orthodoxe en 1991 et à nouveau consacrée en 1996, le clocher est quant à lui toujours occupé, au grand dam des croyants, par un musée consacré au célèbre chanteur Fiodor I. Chaliapine (qui fut ici baptisé en 1873) et par une salle de concert de musique de chambre. Il a été restauré en 1999 (S. Tiounova). D'une hauteur totale de 63 mètres -- plus haut donc que la Tour Souïoumbiké, que la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul ou que la Tour du Sauveur --, cet imposant édifice en brique rouge taillée, au décor réussi de style pseudo-russe avec quelques éléments empruntés aux styles gothique et oriental, est l'un des symboles architecturaux de Kazan (certains l'appellent même la « Tour de l'Epiphanie »). Son actuel éclairage nocturne, spectaculaire, est un cadeau fait à la ville par une société de Saint-Pétersbourg à l'occasion du millénaire (2005).

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Vue nocturne de l'hôtel « Chaliapine » et du clocher de l'église de l'Epiphanie. (photos © 2006 levdon, © 2006 Guzini)


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Au milieu de la place située devant l'entrée du luxueux hôtel « Chaliapine » (l'ancien hôtel « Soviet » racheté en 2002 par une société privée, rénové et totalement transformé pour un demi-milliard de roubles, qui a rouvert en 2005 avec 123 chambres très confortables) et au pied du clocher de l'église de l'Epiphanie (Богоявленская церковь), a été inauguré en août 1999 un monument en mémoire du grand chanteur d'opéra Fiodor I. Chaliapine baptisé en l'église de l'Epiphanie (visible au second plan avec ses coupoles dorées) le lendemain de sa naissance à Kazan, le 1er (13) février 1873 (памятник Федору И. Шаляпину у входа в гостиницу «Шаляпин Палас Отель»). Ce premier monument au célèbre artiste (en pied) à avoir été inauguré au monde a été réalisé par le sculpteur moscovite Andréï V. Balachov. Peu de temps après s'ouvrait, au premier étage du clocher, la salle de musique de chambre Chaliapine. Au centre de la place, en face du hall de l'hôtel, visible sous sa petite coupole rouge, se trouve également l'entrée du café-restaurant « Les invités de Chaliapine » (кафе «В гостях у Шаляпина») : un escalier en colimaçon vous transporte de l'atmosphère du XXIe siècle à celle des années 1920-1930, dans deux salles en sous-sol aux murs ornés de photos et d'affiches des tournées de l'artiste et dans lesquelles résonne de la musique classique, de la musique d'opéra bien sûr, mais aussi des chansons traditionnelles et actuelles. Cette placette, avec ses bancs en pierre, est désormais devenue un lieu de rendez-vous traditionnel des jeunes kazankis. A l'attention des clients ou visiteurs de l'hôtel « Chaliapine », je conseillerai aussi de regarder avec intérêt les nombreux tableaux accrochés aux murs des couloirs et des halls qui représentent non seulement des portraits de scène de l'artiste Chaliapine, mais aussi des vues anciennes de Kazan.

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L'ancien hôtel « Soviet » (aujourd'hui « Chaliapine ») à l'angle des rues Baouman et Ouniversitetskaïa.


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A droite, détail du monument à Fiodor Chaliapine. (www.museum.ru)

La statue du grand chanteur d'opéra Fiodor I. Chaliapine dévoilée en août 1999 sur la place devant l'église de l'Epiphanie visible au second plan avec ses coupoles dorées (памятник Федору И. Шаляпину у входа в гостиницу «Шаляпин Палас Отель» и Богоявленской церкви). Une oeuvre du sculpteur moscovite Andréï V. Balachov.

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Fiodor (Feodor) Ivanovitch Chaliapine naît le 1er (13) février 1873 à Kazan dans une famille modeste qui habite une aile de la maison du marchand Lisitsine, rue Ribnoryadskaïa (actuellement le n° 10 de la rue Pouchkine). Le lendemain de sa naissance, l'enfant est baptisé en l'église de l'Epiphanie, rue de la Grande Brèche (rue Baouman). Son père Ivan est employé au conseil du zemtsvo du district de Kazan. Sa mère Eudoxie fait des travaux ménagers pour compléter les revenus familiaux. Mais souvent sans le sou, les Chaliapine déménagent régulièrement. Agé de 8 ans, le jeune Fiodor passe des heures à admirer le talent du comédien Iakov Mamonov qui se produit pendant les vacances et lors de festivals organisés dans le jardin Nikolaïevsk (plus tard jardin Lénine/de l'Université, près de la rue Pouchkine) et cela suscite en lui l'envie de devenir un jour un acteur de théâtre. A la même époque, Fiodor découvre un chœur d'enfants à l'église de Vaalam et, grâce à son admirable voix de soprano, intègre bientôt le groupe qui se produit dans différentes églises de la ville, dans des hôtels particuliers et à l'Assemblée des Nobles. A 12 ans, il se trouve par hasard mêlé à la représentation d'une pièce de théâtre accompagné de musiciens, choristes et danseurs et cette expérience le fascine à tel point qu'il décide de consacrer tout son maigre pécule à l'opéra. En octobre 1884, Chaliapine est pour la première fois sur scène, au milieu de la troupe des artistes, lors d'une représentation de Ma vie pour le Tsar de Glinka. Cinq ans plus tard, il gagne 15 roubles par mois en tant qu'acteur titulaire. A 17 ans, Chaliapine fait ses début de chanteur soliste dans une représentation amateur d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Grâce à ses talents, le voilà bientôt engagé en tant que comédien de premier rang dans une troupe d'opéra itinérante. Sa carrière est tracée, son génie fera le reste. Il débute à Tiflis (Tbilissi) en 1893, puis chante dans plusieurs théâtres de Saint-Pétersbourg interprétant notamment Bertram dans l'opéra Robert le Diable de Meyerbeer. Après avoir tenu le rôle de Méphisto dans le Faust de Gounod, il interprète des rôles du répertoire russe, dont un inoubliable Ivan Soussanine dans Ma vie pour le Tsar. En 1899, à 26 ans, il est engagé au Bolchoï, ce qui le conduit à la Scala de Milan en 1901, puis au Metropolitan Opera de New York en 1907. Invité cette même année à Paris par Serge de Diaghilev pour y chanter le rôle-titre du Boris Godounov de Moussorgski dans le cadre de ses Saisons russes entre 1907 et 1909, il y obtient la consécration avec le Théâtre Impérial de Russie. Il crée le Don Quichotte de Massenet en 1910 à Monte Carlo et interprète le même rôle au cinéma dans le film de Pabst (1933). Artiste légendaire, il frappe ses contemporains par sa prestance scénique et le timbre profond de sa voix. Néanmoins, sa nature théâtrale l'a souvent entraîné à des excès injustifiés. Chaliapine fait ses adieux à la scène un an avant sa mort, avec un Boris à Monte Carlo.

De son enfance, issu d'un milieu défavorisé, Chaliapine s'est toujours souvenu des difficultés de la vie quotidienne. C'est la raison pour laquelle, devenu riche et célèbre, il a fait en 1913 un don de 2000 roubles au troisième collège de Kazan pour aider les élèves les plus pauvres à terminer leurs études. La France fut la deuxième patrie du comédien-chanteur où il s'installe à partir de 1922, fuyant la rigidité du régime soviétique. Après avoir émigré, il est condamné en tant que « contre-révolutionnaire » et privé de tous ses droits et titres en Russie devenue l'Union soviétique. Il meurt en exil à Paris en 1938 et est enterré au cimetière parisien des Batignolles (sa dépouille a été ramenée à Moscou en octobre 1984, au grand dam de beaucoup de ses fans, et repose depuis au cimetière Novodiévitchi -- dans un coin de l'allée des littéraires et musiciens --, loin de son épouse restée, elle, à Paris où sur sa tombe on peut encore lire « Ici repose Feodor Chaliapine le fils génial de la terre russe »).

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Fiodor Chaliapine au piano, années 1910, photographie de Karl Boulla.

Considéré comme le plus grand chanteur de tragédies lyriques de son temps, Chaliapine fut l'un des premiers artistes à appliquer des techniques de psychologie au jeu théâtral. La façon dont l'acteur se tient, se déplace, se tourne, se vêtit, transpose le rythme de sa voix dans la musique – tout est basé sur les pensées et les émotions du personnage à l'instant présent plutôt que sur des conventions de stature et de chant d'opéra purement conventionnelles. Pour Chaliapine, tous les aspects d'une représentation, comme la production ou l'éclairage, sont aussi importants que les paroles et la musique et doivent accompagner l'essence dramatique et psychologique du travail de l'artiste. Perfectionniste, il lui arriva de produire (diriger) lui-même des opéras qu'il interprétait ; il choisissait également toujours son maquillage, ses perruques et ses costumes afin de conférer au personnage qu'il jouait l'aspect exact qu'il désirait. Certains critiques prétendaient même que Chaliapine était plus un acteur qu'un chanteur tant l'approche du rôle à interpréter était méticuleusement étudiée sous tous les angles et traduite aussi bien dans la geste et l'attitude physique (sur ce point-là, l'artiste savait jouer de sa corpulence) que dans cette voix basse noble de légende, tout aussi gracieuse et expressive que forte et puissante.

Extraits musicaux : Fiodor Chaliapine dans le chef-d'oeuvre M. Moussorgski « Boris Godounov », dans le rôle du moine Pimen (enregistré en 1911) et dans le monologue de Boris de l'acte II (enregistré en 1931).


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Vu de la fenêtre d'une des chambres de l'hôtel « Chaliapine », la statue du grand chanteur d'opéra Fiodor I. Chaliapine face à la rue Baouman, devant le clocher de l'église de l'Epiphanie (Богоявленская церковь) visible au second plan avec ses coupoles dorées (памятник Федору И. Шаляпину у входа в гостиницу «Шаляпин Палас Отель»).


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L'église/cathédrale de l'Epiphanie (Богоявленский собор, ул. Баумана, 78 ), telle que pouvons la voir aujourd'hui, a été construite en pierre en 1741-1756 par les moyens de l'entrepreneur Ivan A. Mikhliaïev et du marchand Sergueï A. Tchernov à l'emplacement d'une ancienne église en bois bâtie près de la porte de la Brèche qui avait donné son nom à ce vieux faubourg d'alors. C'est un bel exemple du baroque russe dans le style des cathédrales à cinq têtes et trois absides des XVe-XVIe siècles, mais édifié seulement au XVIIIe siècle. Outre l'église de l'Epiphanie et son réfectoire, l'ensemble architectural regroupait alors également, au nord l'église d'hiver (chauffée) Saint-André plus ancienne (démolie dans les années 1950), un admirable clocher à deux niveaux coiffé d'un chatior à 8 pans terminé par un minuscule bulbe, donnant côté rue Ostrovski (démoli en 1909 pour cause de vétusté -- la foudre l'avait durement frappé en 1901 -- et surtout après la construction du nouveau haut clocher sur la rue B. Prolomnaïa), une sacristie bâtie à la fin du XVIIIe s. disposée sur la partie occidentale et une autre maison dont la façade donnait rue de la Grande Brèche (à l'emplacement du récent monument à F. Chaliapine qui fut ici baptisé en l'an 1873). Le portail de l'église, à l'ouest, est richement ouvragé de brique façonnée, en forme d'arches et de triangles, à la façon de certains églises et monastères de l'Anneau d'Or. Les façades extérieures étaient couvertes de fresques. Avant la révolution, c'était une église particulièrement élégante avec ses arcatures en brique ceinturant les six tambours à dômes dorés (le sixième au-dessus du réfectoire). Une enceinte massive clôturait le site auquel on accédait par un porche sous une chapelle.

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Associés à l'histoire du lieu, on peut citer, outre la célèbre basse Fiodor Chaliapine, l'archiprêtre Euthyme A. Malov qui officia ici entre 1862 et 1886 et qui fut aussi un grand historien-ethnographe régional. Le haut clocher tout en brique qui jouxte l'église a été élevé entre 1895 et 1897 selon un projet de l'architecte H. Rouch et en grande partie sur les fonds du marchand Ivan S. Krivonosov (décédé en 1892). Sa construction, dirigée par M.D. Mikhaïlov, avait à l'époque nécessité près de 2 millions de briques et avait coûté près de 50.000 roubles (dont 10.000 rien que pour les fondations). Une cloche de 860 kg y fut installée en 1900. A la veille de la révolution d'Octobre, le site comprenait donc trois églises : la principale, l'église d'été consacrée à l'Epiphanie avec sa chapelle Saint-Stéfan, l'église d'hiver de l'Apôtre-Saint-André avec sa chapelle à Saint-Michel-de-Tchernigov et une troisième, l'église d'hiver Saint-Jean-le-Précurseur, installée à l'étage du grand clocher. Devenue cathédrale entre 1920, l'église fut fermée en 1939 puis utilisée comme entrepôt et salle de sport pour les étudiants de l'Université à l'époque soviétique et fortement détériorée (dômes démolis, décor crépit, murs moisis...). Le zoo de Kazan s'installa même quelques années sur le site de l'ancienne église Saint-André (aujourd'hui une maison d'habitation) avant de déménager... L'église (sauf le clocher) sera rendue à la communauté des croyants qu'en 1996. Quelques restaurations ont depuis été entreprises (notamment les dômes) mais les travaux sont très lents et les murs montrent d'évidentes taches d'humidité disgracieuses. A l'intérieur, tout à du être refait. Les bienfaiteurs sont les bienvenus...


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Vue de la rue piétonne Baouman (пешеходная улица Баумана (б. Большой Проломной)) au niveau du haut clocher (Колокольня Богоявленского собора) de l'église de l'Epiphanie dont on ne voit ici que la base massive (1895). Derrière lui, une partie de l'ancienne église presque trois plus âgée (1741-1756) à laquelle il est associé, bien que, de nos jours, il appartienne encore au ministère de la Culture du Tatarstan (камерный Шаляпинский зал Казани). D'une hauteur totale de 63 mètres -- plus haut donc que la Tour Souïoumbiké, que la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul ou que la Tour du Sauveur --, cet imposant édifice en brique rouge taillée, au décor réussi de style pseudo-russe avec quelques éléments empruntés aux styles gothique et oriental, est l'un des symboles architecturaux de Kazan (certains l'appellent même la « Tour de l'Epiphanie »). Sur la gauche, non visible, se dresse le monument à Fiodor Chaliapine (1999). La photographie, prise tôt le matin, ne donne pas vraiment une idée de la fréquentation de cette artère commerciale centrale très passante. Tout au bout, la rue Baouman aboutit au pied du kremlin.


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Une vue moderne prise depuis le clocher de l'église de l'Epiphanie montrant une partie de la rue Baouman, à droite et sur la hauteur, l'ancien observatoire de l'Université, l'immeuble moderne de la Faculté de physique, plus loin, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (en restauration) et, dans le fond, le kremlin – cliquer pour agrandir l'image. (photo © 2006 Cyrios)


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Juste en face du clocher de l'église de l'Epiphanie, au milieu de la rue Baouman, se trouve une autre fontaine décorative (dite « des Pigeons ») en granit rouge ornée de vasques et pigeons en bronze (Фонтан «Голуби» на ул. Баумана, напротив колокольни Богоявленской церкви). De cette sculpture due à l'artiste locale Assia Minoulina (1996), on remarque l'expressivité et le dynamisme dans la qualité du modelage des oiseaux qui paraîtraient presque vivants vus de loin. L'immeuble vert à 4 étages situé à l'arrière-plan, au n° 76 de la rue, a été bâti en 1954 (architecte Iglamov) à l'emplacement de l'ancienne église Andréïevskaïa démolie qui jouxtait auparavant l'église de l'Epiphanie (au début des années 1950 se trouvait là un zoo...). A droite, dans le prolongement de la rue, on aperçoit la façade de la Banque Nationale de la république du Tatarstan.

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A droite, la fontaine des Pigeons devant le clocher de l'église de l'Epiphanie. (photo © 2004 M. Kozlovski)


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L'imposante façade de l'immeuble de la Banque Nationale de la république du Tatarstan (anciennement de la Banque d'Etat) construit en 1914-1915 selon un projet de l'architecte A. Sapounov au n° 37 de l'actuelle rue Baouman (здание Государственного (Национального) банка PТ на улице Баумана, 37). Avant la construction de la banque, existait en ce lieu la maison à un étage des princes Bolkhovski qui datait de la fin du XVIIIe siècle, dans laquelle vécut un temps le mathématicien N.I. Lobatchevski et où s'installa le deuxième collège pour garçons. Puis, remaniée, elle fut la propriété de plusieurs marchands avant d'être finalement acquise par la Banque de Russie en 1908. A l'époque de la guerre civile (1917-1918), les sous-sols de la banque abritaient une grosse part des réserves d'or de l'empire sur lesquelles les bolcheviks essayèrent de faire main basse avant que la Légion Tchèque ne s'en empare lors d'un raid sur Kazan et ne les confie à l'amiral blanc Koltchak qui fera évacuer en train le précieux trésor vers Omsk, en Sibérie, en mai 1919 (une partie des lingots d'or de la réserve impériale servira par la suite à acheter des armes au Japon -- qui n'auraient jamais été livrées -- et à financer les forces anti-bolcheviques, une autre partie sera déposée dans des banques étrangères, une autre partie disparaîtra mystérieusement... et le gouvernement de Koltchak sera finalement liquidé par les bolcheviks en 1920). La Banque Nationale de la république du Tatarstan est aujourd'hui une représentation locale de la Banque Centrale de la Fédération de Russie (la monnaie locale est bien entendu le rouble). Elle supervise en particulier les activités des banques commerciales sur le territoire du Tatarstan.


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Un peu plus haut sur la rue Baouman, presque en face du cinéma Tatarstan, une autre fontaine décorative qui fait habituellement le bonheur des enfants, celle dite « des Grenouilles » (Фонтан «Лягушки» на ул. Баумана) avec ses sculptures en bronze de G. Bogorodskaïa. A l'arrière-plan, hébergeant de nos jours un magasin de mode française et des bureaux, au n° 52/7 de la rue, l'ancienne maison des Voronkov-Kaliaguine datant de la première moitié du XIXe siècle, reconstruite en 1913-1915 dans le style Moderne avec de nouvelles façades à moulures, siège du comité des komsomols puis occupé par le grand magasin central à l'époque soviétique.


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Le carrefour des rues Baouman et Kavi Nadjmi a été redessiné par les architectes E. Evséïev et N. Novikov en 1999-2001 qui ont imaginé au centre cette borne géographique (ou point kilométrique zéro) en bronze et granit montrant les points cardinaux et indiquant au sol les distances à d'autres villes, comme ici Moscou à 722 kilomètres à l'ouest de Kazan (Географический знак/«Нулевой километр» в центре перекрестока ул. Баумана и ул. Кави Наджми). A l'angle de ces rues (vue ci-dessus), au n° 57/2, on peut voir l'ancienne maison des Voronkov-Kaliaguine datant de la première moitié du XIXe siècle, reconstruite en 1913-1915 dans le style Moderne avec de nouvelles façades à moulures, siège du comité des komsomols puis occupé par le grand magasin central TOUM à l'époque soviétique, hébergeant de nos jours un magasin de mode française et des bureaux.

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La borne géographique au centre du carrefour des rues Baouman et Kavi Nadjmi (photo autotravel.org.ru). En face, immeuble aux façades de style Moderne datant de 1915 (ancienne maison des princes Voronkov-Kaliaguine, puis TOUM).


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La Maison de la Presse de nos jours et dans les années 1950.

Au carrefour des rues Baouman et Kavi Nadjmi (au centre duquel se trouve, au sol, la borne géographique décorative que nous venons de voir) se dresse l'étonnante « Maison de la presse », curieux immeuble massif tout gris de style constructiviste élevé en 1933-1936 sur un projet de l'architecte S.S. Pan qui fait un peu « tâche » dans l'ensemble urbain (конструктивистское здание «Дома Печати» на ул. Баумана, 19). A l'époque soviétique y étaient installées des administrations et des organismes liés à la publication de périodiques. Ici travaillèrent les écrivains M. Djalil, A. Tolstoï ou A. Fadéïev et l'immeuble abrita le cercle d'écrivains Toukaï. Au rez-de-chaussée (sur la gauche de la photo, non visible), se trouve une librairie, l'une des plus anciennes de Kazan. Auparavant, se trouvait là un bazar et un marché.

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Une vue datée de mai 1935 (les chiffres 15 sur la façade de l'immeuble et XV sur celle de la Maison de la Presse (au-dessus du portrait de Staline, sous le drapeau) font vraisemblablement référence au 15e anniversaire de la fondation de la république soviétique de Tatarie créée en 1920). Les gens semblent se presser vers la place du Premier Mai... Au loin, la coupole de l'hôtel Kazan.

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L'immeuble de style constructiviste de la Maison de la Presse vu en 2006 dans la perspective de la rue Baouman, face à des bâtiments de la fin du XIXe siècle.


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Sur le trottoir d'en face, au n° 48 de la rue Baouman se trouve le théâtre d'art dramatique Katchalov (Казанский государственный академический русский Большой драматический театр им. В.И. Качалова, ул. Баумана, 48 ). L'immeuble a été à l'origine érigé en 1833 par l'architecte P.V. Piatnitski pour le marchand Siniakov qui y possédait plusieurs boutiques au rez-de-chaussée (y subsistent encore les baies en forme d'arche). Ultérieurement agrandi, il devint la propriété du marchand A.S. Merkoulov. En 1906 s'y installa le cinématographe « Pathé ». Reconstruit dans les années 1913-1914, G.A. Rosenberg, le propriétaire du cinéma, fait modifier la salle de projection de façon à pouvoir y jouer également des pièces de théâtres et des opérettes. C'est ici que les bolcheviks prirent officiellement le pouvoir à Kazan en octobre 1917. Depuis, après l'incendie du théâtre municipal en 1918, la troupe du Grand Théâtre (académique depuis 1996) russe d'art dramatique baptisé du nom du grand acteur Vassili I. Katchalov (1875-1948) -- l'un des plus anciens théâtres russes puisque créé à l'initiative du prince-gouverneur de Kazan S.M. Baratev en 1791 -- occupe les locaux (« Grand » théâtre pour le distinguer des autres théâtres privés existant à l'époque, mais de moindre importance). La qualité des spectacles et le jeu des acteurs du théâtre ont été plusieurs fois primés lors de festivals en Russie comme à l'étranger. L'édifice abrite également un petit musée rassemblant quelques collections d'objets et de documents écrits et sonores ayant trait à l'histoire de l'art théâtral à Kazan et dans la république du Tatarstan (Театральный музей при КАБДТ). L'intérieur du théâtre a été entièrement rénové en 2004-2005 selon un projet de G. Bakouline avec, notamment, la réalisation d'une grande cour vitrée.


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Devant le Grand Théâtre académique d'art dramatique Vassili Katchalov, au milieu de la rue Baouman, on peut voir une reproduction en bronze à taille réelle du carrosse à deux places qu'aurait emprunté l'impératrice Catherine II lors de sa venue à Kazan en 1767 (бронзовая карета Екатерины II на ул. Баумана). L'original, fabriqué et ramené de France au XVIIIe siècle, fut remis au conseil municipal par l'archevêque de Kazan en 1889 et transféré au musée de la ville (aujourd'hui musée national de la république du Tatarstan) en 1896, où il figure depuis en bonne place. Le monument en bronze, dévoilé en 2000, est une réalisation collective (créateurs : Igor Bachmakov, T. Krivochéïéva, A. Minoulina, F. Siraïev, I. Moubarakov, I. Minoulline ; réalisateurs : A. Kornéïev, V. Bratchikov, usine VKNIIVOLT ; peintures : Anatoly Egorov).

A l'arrière plan, dans le fond, on aperçoit la façade de l'ancien hôtel « Kazan » en attente de rénovation. A droite, au n° 17 de la rue, un bâtiment construit en 1913 par l'architecte Aleksandrov autrefois occupé par la banque municipale et aujourd'hui par des magasins (très grande salle au premier étage). Au n° 15, adjacente à l'immeuble précédent, se trouve une maison de style éclectique ayant appartenu au marchand Merkoulov, datant de la seconde moitié du XIXe siècle et reconstruite en 1902 avec un dôme à flèche.


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L'imposante carcasse vide et délabrée du plus ancien hôtel de la ville, le « Kazan », qui occupe tout le pâté de maisons entre les carrefours des rues Tchernychev et Moussa Djalil avec la rue Baouman. Le bâtiment est alors en attente d'un ambitieux investisseur pour d'importants (pour ne pas dire colossaux -- on parle de 50 millions de dollars) travaux de rénovation (знаменитое «Казанское подворье», известное современникам как гостиница «Казань», стоит в руинах в центре города, ул. Баумана, 9). Vu l'état des fondations et des structures, c'est d'ailleurs un miracle que le bâtiment soit encore debout après près de 150 ans.


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L'ancien complexe hôtelier de Pavel Shchétinkine (l'hôtel « Kazan ») au début du XXe siècle vu depuis le carrefour des rues Pétropavlovskaïa (Moussa Djalil) et B. Prolomnaïa (Baouman).

Ce complexe hôtelier et commercial fut à l'origine l'un des derniers travaux supervisés par l'architecte F. (Thomas) Piétondi (Petondi) dans les années 1840. Sur commande de G.S. Melnikov (maire de la ville en 1833-1835), alors propriétaire des lieux, il avait d'abord commencé par transformer plusieurs maisons que le marchand avait acquis dans le quartier. Après la mort de ce dernier et le grand incendie de 1842 qui ravagea une grande partie du centre ville de Kazan, Piétondi, à la demande des héritiers, avait pris en charge la reconstruction. Dans les années 1850, l'hôtel est revendu au marchand I.I. Tikhonov, tuteur du jeune orphelin Pavel Shchétinkine qui fera plus tard fortune dans le commerce des fourrures. Ayant acquis plusieurs biens immobiliers dans le quartier dès la fin des années 1880, Shchétinkine rachète également le bâtiment situé à l'angle des rues B. Prolomnaïa (Baouman) et Pétropavlovskaïa (Moussa Djalil) et le fait agrandir en 1902 selon un projet de l'architecte L. Krshchonovitch qui rajoute un troisième étage, refait la façade et assure la jonction avec l'ancienne partie hôtelière. A la veille de la chute du tsarisme, P.V. Shchétinkine, est l'un des plus importants propriétaires immobiliers dans le centre ville : les « Chambres Shchétinkine » constituent alors le nec plus ultra en matière d'hôtellerie à Kazan. Le célèbre marchand disparaîtra dans les tourments de la révolution et on ne sait pas trop ce qu'il advint de lui après 1918. Le complexe hôtelier tombera par la suite sous la coupe du nouveau pouvoir révolutionnaire ; certains commerces du rez-de-chaussée continuèrent toutefois de fonctionner pendant de longues années.


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Le bâtiment est orné de moulures et de ferronneries. Le balcon au-dessus de l'entrée est soutenu par deux atlantes (le seul de ce type à Kazan). Les angles sont couronnés de deux dômes avec un mat. Le complexe regroupait également une pharmacie et un restaurant où aimaient à se réunir les commerçants du marché tout proche. Nombre de célébrités passèrent par là (on peut citer V. Maïakovski en 1927) et un certain Léon Trotski harangua même la foule depuis l'un des balcons d'angle en septembre 1918. Le rez-de-chaussée était occupé par des magasins dont les entrées étaient ornées d'avant-toits en ferronnerie d'art. Les intérieurs ont été refaits dans les années 1965-1966 sous la conduite de l'architecte Sporius et du peintre Artemev. Mais tout cela a disparu et de ce qui fut l'une des fierté de Kazan ne restent plus aujourd'hui que des murs tristes. L'idée d'en faire un palace 5 étoiles est toujours dans l'air (en 2001, l'entreprise française Bouygues fut pressentie pour faire les travaux mais celle-ci jeta l'éponge en 2004 après un différent financier avec l'administration ; plus récemment, il fut question de l'entreprise locale Antaré et une fin des travaux en 2006... mais rien ne bouge). En fait, beaucoup d'experts pensent, en raison de l'état et de la conception du bâtiment, que faire ici un hôtel de luxe est aujourd'hui quasiment mission impossible, pourtant la municipalité a bien l'intention de conserver les vieux murs de ce monument classé.


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Au n° 5 de la rue Baouman se dresse la cathédrale Saint-Nicolas (Никольский кафедральный собор, ул. Баумана, 5). Il s'agit en fait d'un ensemble architectural comprenant plusieurs édifices religieux, dont l'église Saint-Nicolas (évêque de Myre en Lycie entre 270 et 345) -- bâtiment à la façade verte et blanche sur la photographie ci-dessus --, l'église de l'Intercession-de-la-Vierge -- bâtiment à la façade rose/jaune et blanche au second plan --, un clocher détaché -- dont on voit le sommet -- et quelques bâtiments annexes.

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La cathédrale Saint-Nicolas vue de la rue Baouman, en hiver. (www.kazan.eparhia.ru)

Chronologiquement, à l'emplacement de l'actuelle cathédrale existait dès 1565 une petite église en bois consacrée à saint Nicolas (plus précisément à saint Nicolas-du-Bas -- sous-entendu sous la colline du kremlin) -- Николо-Низский храм), édifice reconstruit en pierre à la fin du XVIIe siècle et possédant deux chapelles, l'une dédiée à la Nativité du Christ, l'autre à Saint-Jean-le-Guerrier.

La petite église d'hiver (chauffée) de l'Intercession (Покровский храм) était élevée entre 1696 et 1703. Dans les années 1720, on y joignit au nord-ouest un clocher de style baroque à cinq niveaux (environ 30 mètres de haut) et à dôme écaillé couvert de tuile verte caractérisé par quatre volumes octaédriques, dont trois ajourés -- ornés de frises décoratives et de demi-colonnes -- et un aveugle, montés sur une base parallélépipédique (à noter que ce clocher penche, comme la tour Souïoumbiké). Avec ses cinq têtes, six piliers et trois absides, l'église de l'Intercession rappelle par ses formes, en miniature, les anciennes églises russes bâties sur le modèle de la cathédrale de la Dormition du kremlin de Moscou. Les cinq dômes de l'église de l'Intercession (dont quatre à damier bleu et blanc) datent toutefois d'une époque plus récente, lors de la reconstruction partielle de l'édifice en 1892. A l'intérieur, les fresques se sont conservées (certaines ont été réalisées par le fameux Vassili Tourine qui, avec l'anglais Edward Turnerelli, nous a aussi légué de magnifiques et célèbres lithographies de vues de Kazan datant de la première moitié du XIXe siècle). Dans la pénombre éclairée par les bougies, on peut admirer un expressif Christ crucifié, sculpture plutôt rare dans les églises orthodoxes

L'église Saint-Nicolas quant à elle, devenue vétuste dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, fut démolie en 1883 et reconstruite deux ans plus tard (un peu plus au nord, presque accolée à l'église de l'Intercession) grâce à de généreux donateurs dont les noms figurent sur une plaque de marbre : P.V. Shchétinkine, V.I. Zaoussaïlov, A.N. Svechnikov et G.N. Gorinov. La couleur printanière de ses façades se marie bien avec les tons automnaux de l'église précédente (curieusement, la fête de saint Nicolas tombe en mai alors que celle de l'Intercession est en octobre...). Elle est couronnée par un seul dôme doré posé sur un tambour octaédrique de couleur bleu clair orné de croix dorées. A l'intérieur, l'édifice bâti sans pilier renferme une iconostase peu élevée blanche et or et des fresques de style européen (dont une copie de « La Cène » de Léonard de Vinci) avec des représentations de la vie de Nicolas le Thaumaturge et des Evangiles, ainsi que trois magnifiques lustres. De façon générale, l'église Saint-Nicolas est plus colorée et plus lumineuse (notamment par ses larges ouvertures côté sud) que sa voisine. Pour la petite histoire, ce fut aussi la première église de Kazan à être équipée de l'éclairage électrique en 1901. Fermée en 1930, l'église Saint-Nicolas fut toutefois rouverte en 1946 sur la demande insistante de l'évêque de Kazan Germogène qui obtint même du pouvoir soviétique la permission de lui attribuer le statut de cathédrale, statut qu'elle a conservé jusqu'à nos jours (ce fut la seule cathédrale de Kazan entre 1946 et 1989, avant le réouverture de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul trois fois plus haute et beaucoup plus colorée). La cathédrale abrite, protégées sous verre, plusieurs icônes miraculeuses dont celles de Notre-Dame-de-Kazan et de Tikhvine, de Sainte-Mère-de-Dieu (autrefois conservée dans le couvent Feodorovski), de Saint-Nicolas-de-Mirliki (retrouvée en 1897 dans le village de Kouïouki), de Saint-Serge-de-Radonège et d'autres effets sacrés encore.

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Au débouché de la rue Profsouyouznaïa sur la rue Baouman, en contrebas de la place du Premier Mai, derrière les anciennes Galeries Marchandes (le musée national du Tatarstan) et à deux pas de la Tour du Sauveur du Kremlin, se trouvent les bâtiments du monastère Saint-Jean-le-Précurseur (Иоанно-Предтеченский (Ивановский) мужской монастырь, ул. Баумана, 2).

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Le monastère Saint-Jean et ses terrasses vus depuis le carrefour des rues Profsouyouznaïa et Baouman en 2005, au moment de la construction du métro. De la droite vers la gauche, l'église de la Présentation-de-la-Vierge-Marie et son réfectoire (devant les anciennes Galeries Marchandes), le bâtiment à deux étages des cellules des moines (1897), un second bâtiment de plein pied dans le fond (1859), le clocher à trois niveaux accolé à la maison de l'higoumène, la Tour du Sauveur du kremlin. (www.kazan.eparhia.ru)

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Le monastère Saint-Jean sur une illustration d'André Durand datant du début des années 1840. Seul le clocher et l'église de la Présentation au second plan se sont conservés jusqu'à nos jours. (www.Tatar.museum.ru)

Ce monastère a été fondé en 1564-1568 par saint Herman (1505-1594), archevêque de Kazan, comme hôtellerie du monastère de la Dormition de l'île de Sviajzk située sur la Volga, non loin de Kazan. Il sera dédié au saint protecteur du tsar Ivan-le-Terrible, Jean-le-Précurseur (Jean-le-Baptiste). Les premières constructions en bois brûlèrent dans un incendie en 1649. En l'espace de trois ans, les bâtiments seront reconstruits en dur, grâce à l'appui financier du riche marchand moscovite Gabriel F. Antipine qui possédait une propriété toute proche, et le monastère sera à nouveau consacré en 1752, le jour de la Nativité de la Vierge Marie, par le métropolite de Kazan et de Sviajsk. Antipine avait fait bâtir l'église d'été à toits à chatior de l'Entrée-du-Seigneur-à-Jérusalem dont les chapelles étaient consacrées à Saint-Jean-le-Précurseur et à Saint-Jean-l'Evangéliste. Un clocher en pierre peu élevé jouxtait l'édifice. Une deuxième église dite d'hiver (chauffée), couronnée de cinq têtes, était consacrée à la Présentation-de-la-Vierge-Marie-au-Temple. Accolé à cette dernière, on élevait un bâtiment à deux étages pour abriter les cellules des moines et le réfectoire. Une enceinte en pierre (reconstruite en 1858) clôturait le monastère, sur laquelle avait été construite l'église dessus-de-porte Saint-Antonin-et-Saint-Feodossia-de-Petchersk. Par décret de Catherine II, l'icône et les reliques de saint Herman étaient transférées en 1756 de l'île de Sviajsk au monastère Saint-Jean. En septembre 1815, un terrible incendie détruisit plus d'un millier de maisons à Kazan et le monastère fut aussi touché. On réussit seulement à sauver la décoration intérieure de l'église chaude et quelques icônes. Les restaurations menées en 1818 permirent d'agrandir l'ancienne église d'été, de refaire la sacristie et de joindre le clocher aux cellules monacales. Un an plus tard, l'église restaurée était à nouveau consacrée.

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A gauche : le monastère et l'église Saint-Jean représentés sur une lithographie d'Edward Turnerelli, années 1830. A droite et ci-dessous : la nouvelle cathédrale du monastère Saint-Jean au début du XXe siècle, détruite dans les années 1930. Sur le cliché ci-dessous, on peut voir également sur la gauche les coupoles de l'église de la Présentation. Le cliché suivant, pris depuis le pied de la Tour du Sauveur du kremlin, montre, outre la cathédrale et ses toits à chatior, sur la droite, l'entrée de la chapelle bâtie en 1910 et elle aussi été démolie en 1930.
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Vers la fin du XIXe siècle, les incendies répétés ayant fragilisé sa structure, l'église d'été faisait apparaître un état de vétusté avancé et il fut décidé de tout reprendre. En 1887, une nouvelle et remarquable cathédrale était érigée selon un projet de l'architecte G.B. Rouch, toujours avec trois toits à chatior (peu courant) mais cette fois-ci deux fois plus vaste que la précédente église, tant en volume qu'en hauteur (45 mètres pour le toit pyramidal central, soit à peu près la hauteur de la Tour du Sauveur). Consacrée en 1899, la cathédrale Saint-Jean restera debout une trentaine d'années avant d'être tristement pillée et détruite après la révolution bolchevique. A la même époque, on construira un nouveau bâtiment pour le supérieur et les moines dans lequel s'installera, à l'époque soviétique, la « Société de protection des monuments » et différents bureaux-coopératives. A noter également qu'il existait depuis 1774 devant le monastère, probablement construite par l'architecte Kaftyrev après les évènements liés à la révolte de Pougatchev, une chapelle qui sera déplacée en 1848 avant d'être elle aussi démolie à l'époque soviétique. Après la révolution, en 1918, le monastère abrita la gestion du diocèse et y vécut un temps le métropolite Kirill (Smirnov), candidat pressenti pour succéder au patriarche Tikhon, qui sera déporté en 1922 et fusillé en 1937. Entre temps, la cathédrale Saint-Nicolas aura été explosée et les cellules monacales transformées en logements au confort plus que spartiate. Fermé en 1929, le monastère ne rouvrira ses portes qu'en 1992 (deuxième monastère du diocèse rendu à la religion après celui de Raïfa).

L'église chaude de la Présentation (Введенская церковь), quasiment inchangée depuis sa construction, avec ses fenêtres ouvragées en brique façonnée qui rappelle l'architecture russe du XVIIe siècle, a depuis été restaurée et dédiée à la mémoire de la cathédrale Saint-Jean disparue. Le petit clocher visible au centre du monastère, qui s'est lui aussi conservé, présente un toit orné de trois rangées de kokochniki sous un tambour ouvragé à bulbe. Une école monastique et une bibliothèque ont été récemment ouvertes. Lors de la construction de la nouvelle ligne de métro souterraine inaugurée pour les célébrations du millénaire en 2005 (la station Kremliovskaïa est au pied du monastère), on s'est aperçu que les murs se fissuraient dangereusement et certains se sont alarmés du possible effondrement de bâtiments de la chartreuse, en particulier celui de l'église de la Présentation.

Le monastère renferme une partie des reliques sacrées de saint Herman de Kazan (le reste repose sur l'île de Sviajsk) ainsi que des icônes de la Vierge-de-Tikhvine, de la Vierge-au-Calice-Inépuisable ou de la Tête-de-Saint-Jean-dans-un-Plat.

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Au débouché de la rue Profsouyouznaïa sur la rue Baouman, en contrebas de la place du Premier Mai, derrière les anciennes Galeries Marchandes (le musée national du Tatarstan) et à deux pas de la Tour du Sauveur du Kremlin, se trouvent les bâtiments du monastère Saint-Jean-le-Précurseur (Иоанно-Предтеченский (Ивановский) мужской монастырь, ул. Баумана, 2).

A suivre Kazan - Partie IV
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