Tomsk (1)

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Bill

Tomsk (1)

Messagepar Bill » dim. févr. 17, 2008 1:32 pm

Ville de Tomsk (mes photos datent d'octobre 2006 et juillet 2008)


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Tomsk est une ancienne ville de Sibérie située au sud-ouest du district fédéral sibérien, à environ 3500 km à l'est de Moscou (+ 3 heures de décalage horaire) et à 270 km au nord-est de Novossibirsk (environ 3-4 heures en voiture). Avec une population d'environ 500 000 âmes, c'est le centre administratif de l'oblast de Tomsk. La ville de Tomsk a été fondée en 1604 sur un plateau coupé à l'ouest par une boucle du fleuve Tom (qui se jette 50 km plus au nord dans le fleuve Ob). La vue ci-dessus est une image satellitaire de la région entre Novossibirsk et Tomsk.

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Le bloc de pierre commémoratif de la fondation de Tomsk a été placé juste en face de l'actuel musée de l'histoire de la ville dominé par sa tour de guet (photo de droite © 2007 M. Votiakov)

Bloc de quartzite ferrugineuse placé en 1966 au sommet de la colline dite de la Résurrection qui domine la ville, à l'emplacement de l'ancienne forteresse, sur lequel est écrit : « Ici fut fondé en 1604 la ville de Tomsk » («На этом месте в 1604 году был основан город Томск»). Ce bloc, d'un poids supérieur à 10 tonnes, provient des mines de fer de Lebedinski (oblast de Koursk) dont certains spécimens étaient utilisés pour des expériences par les scientifiques de l'université de Tomsk (Воскресенская гора — камень-памятник, символизирующий место основания Томска в 1604 году).

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Panorama au crépuscule, en hiver, depuis la colline de la Résurrection : ci-dessus, en direction de centre ville (au loin, la cathédrale de l'Épiphanie) et, ci-dessous, en regardant vers le musée d'histoire avec sa tour de guet et la tour en bois du Sauveur (photos © 2005 Viktor)

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Image Tomsk fut fondée en 1604 (la ville a donc fêté ses 400 ans en 2004) pour protéger la Russie des invasions kalmoukes et kirghizes venant du sud, par les montagnes de l'Altaï. Les cosaques écrivirent les premières lignes de l'histoire de la ville en repoussant à maintes reprises les envahisseurs tout au long du XVIIe siècle. Rapidement devenue centre économique de la Sibérie, carrefour des voies commerciales Chine-Moscou et puisant dans son arrière-pays fourrures et métaux précieux, Tomsk perdit sa prédominance au XVIIIe avec l'extension des frontières vers l'est et le sud. Au XIXe elle devient le centre administratif du gouvernement de Tomsk, les industries minières de la région font la fortune de richissimes investisseurs, qui se font construire en ville de véritables palais de bois. La fin du XIXe voit également arriver le chemin de fer et la fondation de la première université de Sibérie. Tomsk est aujourd'hui le centre d'une région industrielle dynamique dont les fers de lance sont le métal et le pétrole. Elle se distingue également par la prédominance de son pôle universitaire en Sibérie, avec lequel seule Irkoutsk peut rivaliser.

La ville est née sur un plateau coupé à l'ouest par une boucle du fleuve Tom (qui se jette 50 km plus au nord dans le fleuve Ob). Le centre s'articule autour de la prospekt Lenina (la perspective Lénine) qui traverse la ville du nord au sud. Elle suit le relief de la vallée de l'Ouchaïka, une petite rivière qui serpente d'est en ouest jusqu'au fleuve. A l'embouchure, au centre de l'avenue Lénine, se trouvent les bâtiments de style soviétique abritant l'administration de l'oblast de Tomsk. A cent mètres à peine, à l'est, une séduisante rue pavée monte sur le versant d'une colline escarpée parsemée de chalets de bois, jusqu’à l’église Voskressenskaja (de la Résurrection), un bijou architectural du XVIIIe siècle dans le style baroque, d'où la vue sur Tomsk est imprenable. Cette colline est un véritable village au milieu de la ville. La rue s'ouvre à l'est sur la vallée où se mêlent quartiers de bois et bosquets qui s’étalent entre les maisons. Au fond, des champs d'herbe rase et quelques haies bordent les courbes de l'Ouchaïka. Au sud-est domine un immense quartier de HLM posé sur le versant d'en face, si bien que la ville paraît comme coupée en deux par cette petite vallée campagnarde.

La prospekt Lenina possède de nombreuses maisons de bois, ainsi que des édifices en pierre et en briques des XVIIIe et XIXe siècles, qui donnent à la rue une couleur occidentale presque intacte. Plus loin vers le sud se trouve le campus universitaire de Tomsk, construit à la fin du XIXe, et dont beaucoup de villes de France rêveraient. Il compte des dizaines de bâtiments dispersés dans un gigantesque parc, où s'étend entre autres un jardin botanique sibérien renommé. Tout au bout de l'avenue, derrière le grand bâtiment XIXe qui abritait autrefois l'ancien parlement de Tomsk, se trouve le monument aux morts, posé sur un énorme piédestal dominant une esplanade offrant une vue extraordinaire sur le Tom et la rive opposée quelques dizaines de mètres plus bas. Le fleuve fait une boucle à cet endroit, appuyé sur le coteau en haut duquel est bâtie la ville. En face, la campagne, un petit air de bocage normand avec un petit village au bord de l'eau et à l'ouest une immense forêt qui s’étend jusqu’à l'horizon, le tout éclairé par le soleil couchant. De l'esplanade s’élancent des parapentes qui descendent jusqu'au bord de la rivière où quelques pécheurs, sur des rochers ou les pieds dans l'eau, profitent de la douceur du soir.

Tomsk semble faire corps avec la nature. Pourtant la région est l'une des plus sensibles au monde sur le plan écologique, une centrale nucléaire et un bassin de déchets radioactifs à ciel ouvert sont situés aux bordures de l’agglomération, menaçant avec le complexe pétrolier une nature déjà éprouvée par de nombreux accidents graves, survenus sous et après la chute de l’union soviétique (site de Tomsk-7/Seversk à 15 km au nord-ouest).


Source : http://tiboska.blog.lemonde.fr/voyageensiberie/tomsk/


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Reconstruction (pas nécessairement très réaliste, mais c'est suffisant pour faire plaisir aux visiteurs et aux touristes de passage) d'une partie des bâtiments de l'ancienne forteresse de Tomsk, inaugurée à l'occasion des 400 ans de la ville, en septembre 2004. La « Tour du Sauveur » (Спасская башня на Воскресенке, 22 mètres de haut) est sensée représenter l'une des 7 tours qui existaient en 1648. Elle est située à l'extrémité sud du promontoire, tout près de l'actuel musée d'histoire de Tomsk (le bâtiment avec la tour en bois de vigie des pompiers, voir plus loin), sur la colline de la Résurrection où fut autrefois bâtie la première forteresse (Томский острог) par ordre du tsar Boris Godounov au cours de l'été 1604 (d'où son portrait).

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(photo © 2007 Constantiner)

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Guerriers tatars et kirghizes (musée d'histoire de la ville)

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Maquette de la seconde forteresse de Tomsk située sur la colline de la Résurrection milieu du XVIIe-milieu du XVIIIe siècle, démolie dans les années 1770 (musée d'histoire de la ville)

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Plan de la seconde forteresse de Tomsk située sur la colline de la Résurrection milieu du XVIIe-milieu du XVIIIe siècle, démolie dans les années 1770 (musée d'histoire de la ville)

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Maquette de la seconde forteresse de Tomsk située sur la colline de la Résurrection milieu du XVIIe-milieu du XVIIIe siècle, démolie dans les années 1770 (musée d'histoire de la ville)

Un village russe existait déjà sur le site vers 1593-1594, sur les terres du prince tatar Taïan. En l'an 1627, le premier kremlin bâti au bord du Tom était entouré d'un mur d'enceinte fortifié en bois de 200 mètres de long environ ainsi que de 3 tours dont 2 avec des portes d'accès. Son emplacement exact n'est pas connu avec certitude. Il ne reste plus aujourd'hui de traces de cette première forteresse. Elle a en effet complètement brûlé en 1643 puis fut ultérieurement en partie reconstruite avant d'être progressivement et définitivement abandonnée au profit d'un deuxième centre urbain qui vit le jour en 1647 sur un promontoire de la colline de la Résurrection (ainsi nommée du nom de l'église qui y fut élevée) et qui est resté dans les mémoires comme le centre historique. C'est dans la partie sud de ce promontoire qu'ont été retrouvés, lors de fouilles entreprises à partir des années 1950, de nombreux vestiges archéologiques datant de l'époque médiévale de la cité. Ces études ont en partie permis de reconstituer les caractéristiques des fortifications du kremlin de l'époque : ses murs s'élevaient à 6-7 mètres de hauteur, murs le long desquels on avait érigé 7 tours dont la tour du Sauveur au sud (l'entrée principale), la tour de la Résurrection au nord, 4 tours rondes et, sur la façade ouest, une tour à horloge. Solidement construit, le kremlin, personnifiant le pouvoir de l'État et la puissance russe, regroupant les instances administratives, culturelles, politiques, militaires et religieuses locales ainsi que des entrepôts de vivres et de munitions, assurera parfaitement pendant presque 130 ans son rôle protecteur et dirigeant vis-à-vis de plusieurs générations d'habitants de Tomsk, du milieu du XVIIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

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Reconstitution du kremlin de Tomsk au XVIIe s. sur la colline de la Résurrection

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En haut de la colline de la Résurrection, tout à côté des deux monuments précédents et au bout de la rue Bakounine, se trouve l'un des plus anciens édifices bâti en pierre de la ville. Il s'agit de l'ancien poste de police construit en 1856 dans le style classique à l'emplacement de l'ancienne forteresse de Tomsk. Ce bâtiment hébergea également par la suite le poste de garde des pompiers, ce qui explique la présence de la tour de vigie d'alerte-incendie en bois qui domine l'édifice, tour récemment restaurée d'où l'on peut jouir d'une vue imprenable sur la ville. Cet édifice abrite de nos jours le musée d'histoire de la ville de Tomsk où l'on peut notamment admirer des maquettes reproduisant l'ancienne forteresse (Музей истории Томска, Бакунина ул., 3 — на Воскресенской горе — бывшее здание Полицейского Управления с пожарной каланчой на крыше).

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Salle d'exposition à l'intérieur du musée avec des maquettes en bois de l'ancienne forteresse de Tomsk et une grande carte murale des places fortes russes après la conquète de la Sibérie au XVIIIe siècle (photo © 2007 M. Votiakov)

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Salle d'exposition à l'intérieur du musée d'histoire (colon russe et poele en céramique du XVIIe siècle)

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Une vue du centre de Tomsk à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle prise depuis le pont Vieux qui enjambe la rivière Ouchaïka — à droite, sur les hauteurs de la colline de la Résurrection, on reconnaît le bâtiment avec la tour de guet des pompiers. Le premier pont en bois, qui date de 1819, sera rebâti en pierre en 1916 et orné de colonnes rostrales. Sur cette vue ancienne, on peut également voir le bâtiment du conseil municipal avec sa tour, de l'autre côté de la rivière et, en traversant la rue, l'ancien hôtel « Europe » (plus tard « Métropole »).

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Une autre vue ancienne datée de la fin du XIXe siècle montrant le promontoire sud de la colline de la Résurrection vu depuis la berge de la rivière Ouchaïka ; on retrouve les bâtiments précédemment décrits avec, sur la butte, l'ancien poste de police avec sa tour de guet, et, plus loin, l'église catholique romaine Notre-Dame du Rosaire (1833) puis l'église baroque de la Résurrection (reconstruite en pierre en 1789) qui a donné son nom au lieu.

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La tour d'alerte-incendie en bois, récemment restaurée à l'occasion du quadricentenaire de Tomsk, orne le toit de l'actuel musée d'histoire de la ville (пожарная каланча над музеем истории города). La tour, installée dès 1858 sur le toit du bâtiment qui hébergeait autrefois l'administration de la police dont les pompiers faisaient partie, avait été démolie en raison de sa vétusté à l'époque soviétique. Au sommet de la tour se trouve une plate-forme d'observation, à laquelle on accède (moyennant quelques roubles) par un étroit escalier. De là-haut, on jouit d'une vue exceptionnelle sur Tomsk. D'ailleurs, un sympathique personnage nous y attend... (s'il n'est pas allé faire un tour vers l'atelier de maintenance).

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Image La tour d'alerte-incendie en bois, récemment restaurée à l'occasion du quadricentenaire de Tomsk, orne le toit de l'actuel musée d'histoire de la ville (пожарная каланча (высокая башня с обзорной площадкой — наверху пожарник Афанасий) над музеем истории города). Ce beffroi, restauré dans son aspect d'origine, existait dès 1858 sur le toit du bâtiment de la police. Sur sa plate-forme d'observation, un guetteur surveillait en permanence les départs de fumée suspecte afin d'alerter le cas échéant, par des signaux convenus au moyen de ballons, les pompiers des différents quartiers de la ville. Une légende veut que le célèbre Afanassi, qui vivait à la fin du XIXe siècle, fut ici le premier à signaler un début d'incendie dans le quartier de Zaïstotchié et qu'il sauva ainsi la ville, où presque toutes les maisons étaient en bois, d'une grande catastrophe. Peu après la restauration de la tour, en avril 2004, un mannequin en bois (fabriqué à l'origine dans une colonie pénitentiaire) sensé représenter le fameux Afanassi, affublé de belles moustaches mais vêtu d'une tenue de combattant du feu moderne, fut installé sur la plate-forme. La tradition veut que le visiteur qui touche la main d'Afanassi possèdera le don d'éteindre les incendies...


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A droite : détail de l'architecture en bois de la tour du Sauveur reconstituée en 2004 sur le promontoire sud de la colline de la Résurrection (photo © Evgueni Ivanov)

La tour du Sauveur (reconstitution récente, en bois, de l'architecture de l'ancienne forteresse) et panorama vus depuis la tour de vigie d'alerte-incendie située sur le toit de l'actuel musée d'histoire de la ville, sur la colline de la Résurrection (Спасская башня на Воскресенке). En contrebas, on peut voir quelques vieilles maisons en bois encore nombreuses dans ce quartier historique, au pied de la colline.

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Deux autres vues similaires prises à différentes saisons (à droite, photo © 2005 I. Zabrodina)

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(cliquer pour voir une vue agrandie)

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Panorama sur le centre ville depuis la plate-forme de la tour de guet/d'alerte-incendie reconstituée sur le toit du musée d'histoire, sur la colline de la Résurrection (виды с пожарной каланчи на город Томск). Vue prise en direction de la place Lénine - la place où se trouvent la chapelle de la Vierge-d'Ibérie, la cathédrale de l'Épiphanie et le théâtre d'art dramatique (le bâtiment gris) et, au-delà, le fleuve Tom. La chapelle au centre de la place est une copie de celle qui existait à Moscou, près du Kremlin. Elle a été démolie dans les années 1930 pour être plus tard remplacée par une statue de Lénine. Elle a été reconstituée en 2002 non loin du monument au leader bolchevique. En contrebas, le canon et la pierre-monument placés devant le musée et la rue Bakounine en travaux. Comparer avec la vue ancienne ci-dessous.

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Une vue de la rivière Ouchaïka et du fleuve Tom prise à la fin du XIXe siècle depuis la tour de vigie sur la colline de la Résurrection (comparer avec la vue actuelle ci-dessus). La vue ancienne montre le pont Vieux (ou de la Douma), bâti en bois en 1819 et reconstruit en pierre en 1916, et les galeries marchandes. L'ancienne place du commerce de Tomsk perdurera jusque dans les années 1970 avant que n'y soient construits les bâtiments du Comité régional du PCUS et l'exécutif régional. Le bâtiment rond sur la berge de la rivière est un cirque. La rive droite de l'Ouchaïka jusqu'à l'embouchure est entièrement occupée par la place du marché avec ses galeries et ses entrepôts. On reconnaît tout au fond, au bord du fleuve (au niveau de la Strelka), le cabaret historique « le Bazar Slave » dont l'édifice s'est conservé jusqu'à nos jours (voir plus loin). Au centre de la place, le bâtiment en pierre de la Cour des marchands (Gostiny Dvor) construit en 1798 à l'emplacement d'un ancien bazar, qui sera démoli en 1971 pour faire place au théâtre d'art dramatique. Dans le fond, sur la gauche, un deuxième pont sur la rivière Ouchaïka qui joint la rue de la Poste (de nos jours la perspective Lénine) à la place du Marché (de nos jours la place Lénine) et la rue Millionaïa (de nos jours la continuité de la perspective Lénine). Au-delà, on devine la cheminée de la station électrique et le quartier tatar de Tomsk.

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Panorama automnal sur le centre ville depuis la plate-forme de la tour de guet/d'alerte-incendie reconstituée sur le toit du musée d'histoire, sur la colline de la Résurrection (виды с пожарной каланчи на город Томск). On aperçoit, érigée sur la colline d'en face, la tour de télédiffusion (Tomsk fut la quatrième ville d'URSS, après Moscou, Leningrad et Kiev, à émettre des programmes télédiffusés en 1952). Pour la petite histoire, c'est à l'Université polytechnique de Tomsk que l'ingénieur Nikolaï Nikitine élabora le projet de la célèbre tour de télédiffusion d'Ostankino à Moscou (1967) dont l'idée du squelette en béton et torons de câbles en acier lui serait venue, parait-il, en observant les fibres végétales enlaçant le tronc d'un palmier du jardin botanique de la ville...

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La tour de télédiffusion de Tomsk vue depuis le toit du musée d'histoire

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La rue Bakounine et l'église catholique romaine Notre-Dame du Rosaire vues depuis la plate-forme d'observation de la tour de guet située sur le toit du musée de l'histoire de la ville, sur la colline de la Résurrection (Pимско-католический костел Святой Покрова Девы Марии Царицы Священного Pозария, Бакунина ул., 4). Dans le fond, on peut apercevoir le clocher de l'église orthodoxe de la Résurrection.

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Une vue inversée par rapport à la précédente (ou le photographe photographié...)

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Notre-Dame du Rosaire est une église à l'architecture du style classique tardif vénitien avec des éléments du baroque des XVII-XVIIIe siècles construite en 1833 (à l'emplacement d'une église plus ancienne, en bois, qui avait brûlé) par l'ingénieur K.G. Tourski selon un projet de I.I. Shraer et à l'initiative de prisonniers polonais déportés à Tomsk après l'insurrection de 1830-1831. C'était alors la première église catholique ouverte en Sibérie occidentale. Le campanile en pierre date de 1856. Le presbytère attenant a été donné par un négociant de l'époque. Les dernières modifications datent des années 1880 et l'édifice s'est conservé tel quel par la suite jusqu'à nos jours. A la fin du XIXe siècle, l'église catholique de Tomsk possédait une société de bienfaisance et un refuge pour vieillards. A cette époque, l'édifice religieux frappait par la magnificence de sa décoration intérieure avec de riches sculptures en bois doré, des tableaux représentant des scènes de la Bible réalisés par les meilleurs copistes de Saint-Pétersbourg et de Varsovie et abritait l'un des meilleurs orgues de Sibérie (le premier, installé en 1862 a été remplacé en 1902). A l'ère soviétique, après l'arrestation et l'assassinat en 1937 du prêtre et des ecclésiastiques, l'église fut fermée et son décor saccagé, puis elle abrita successivement un entrepôt, un chenil et une écurie du NKVD, le local d'un aéroclub du DOSAAF. Dans les années 1970-1980 on y avait installé un planétarium. L'église a été rendue aux croyants après la chute du régime communiste et à nouveau consacrée en 1991 par l'évêque.

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Deux vues similaires prises à près d'un siècle d'écart... (à droite, photo © 2007 Maximaximax)

La rue pavée Bakounine (улица Бакунина, autrefois la rue Efrémovski, rebaptisée du nom de l'anarchiste M.A. Bakounine en 1927) est l'une des plus anciennes et des toutes premières rues de Tomsk puisqu'elle reliait à l'origine la forteresse à la colline Iourtotchanïa, puis la colline de la Résurrection au centre ville. On peut encore y voir de très vieilles maisons, comme celle où s'installa le commandant de la garnison militaire de Tomsk, le major Tomas de Vilniev, en 1791 (au n° 26) — où séjourna l'écrivain, philosophe et poète Alexandre Radishchev exilé en Sibérie par Catherine II — et, plus loin, la splendide église de la Résurrection. De récents travaux de reconstruction de bâtiments et de modernisation de la voirie dans ce quartier historique font malheureusement craindre la disparition pure et simple de nombreuses traces du passé.

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La rude montée de la rue Bakounine (pavée avant sa reconstruction en 2008) avec, devant nous, l'église catholique Notre-Dame du Rosaire (photo © 2007 Constantiner)


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Copie d'un canon en fonte (150 kg) qui, à la fin du XVIIe siècle, défendait la forteresse de Tomsk (пушка на Воскресенской горе). Cette arme — qui ne tire pas de vrais boulets mais des cartouches à blanc (il avait été envisagé de la faire parler tous les jours à midi si les fonds étaient disponibles) —, dont l'affût a été installé en 2005 devant le musée de l'histoire de la ville, a son canon pointé en direction de la place Lénine. On peut voir à l'arrière-plan les coupoles de la cathédrale de l'Épiphanie.

A noter qu'il existe un projet de construction d'une immense église en bois (qui serait, selon ses concepteurs, la plus haute de Russie) à proximité de ce site historique.

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Le canon et la pierre-monument sur la place devant le musée d'histoire de la ville avec, dans le fond, les coupoles de la cathédrale de l'Epiphanie.


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Une vue de l'église de la Résurrection depuis la tour d'alerte-incendie placée sur le toit du l'actuel musée d'histoire de la ville.

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L'église de la Résurrection située sur la colline du même nom, au bout de la rue Bakounine (Воскресенская церковь, Октябрьский взвоз, 10).

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L'église de la Résurrection située sur la colline du même nom, au bout de la rue Bakounine (Воскресенская церковь, Октябрьский взвоз, 10).

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L'église de la Résurrection située sur la colline du même nom, au bout de la rue Bakounine (Воскресенская церковь, Октябрьский взвоз, 10).

Une première église en bois était bâtie non loin de ce lieu en 1622, sur le territoire du monastère de la Dormition qui fut fermé quelques années plus tard, en 1626. L'église devint alors paroissiale. Ayant par la suite plusieurs fois souffert d'incendies, sa reconstruction en pierre fut décidée à la fin du XVIIIe siècle. Les travaux durèrent de 1789 à 1807. En 1803 était consacrée la chapelle basse du nouveau temple en l'honneur de la Dormition de la Vierge. L'ancienne église en bois fut alors démontée et transportée sur la berge du Tom où, conformément à la coutume, elle fut brûlée avec tous ses ornements et ses cendres dispersées au vent. En 1807, l'autel supérieur de la nouvelle église était à son tour consacré. A la fin du XIXe siècle, sous son patronage œuvraient un refuge pour personnes démunies ainsi qu'une école. En 1894-1895, l'étage supérieur de l'église fut rénové et un système de chauffage introduit de façon à ce que les offices puissent s'y dérouler toute l'année. En même temps, une nouvelle iconostase fut installée. En 1897 fut élevé à l'ouest de l'église un petit clocher en pierre (architecte P.F. Fédorovski) qui supportera bientôt une énorme cloche moulée dans une usine de Iaroslavl grâce aux moyens du riche et pieux marchand de Tomsk A.A. Vassiliev (le bienfaiteur sera d'ailleurs enterré en 1898 dans l'enceinte de l'église). Cette « cloche-reine », ornée de bas-reliefs représentant les évangélistes, faisait plus de 4 mètres de diamètre et son poids dépassait les 16 tonnes. Après la révolution, dans les années 1920, le temple était privé de tous ses attributs religieux. En 1930, la grande cloche fut démontée et brisée comme toutes celles des autres édifices religieux de la ville, et ses morceaux fondus dans des usines locales. Le clocher était également démoli. L'église elle-même était fermée en 1936 (miraculeusement, seul le mur d'enceinte sera par la suite démoli) et le restera jusqu'en 1995. A la fin des années 1930, le bâtiment hébergea successivement un foyer d'ouvriers, un garage et un entrepôt de vivres. Dans les années 1940, ce sont les archives centrales de l'État soviétique pour l'Extrême-Orient qui viendront s'y installer (évacuées à Tomsk en raison de la crainte d'une attaque du territoire oriental par les Japonais) ; elles ne retourneront à Vladivostok qu'en 1995. Une première série de rénovations, portant sur les façades, les intérieurs et l'enceinte, interviendront dans les années 1980-1990. Ces travaux rechercheront à restituer à l'église son aspect originel. En 1996, grâce à des fonds privés, sept nouvelles cloches moulées à Voronej viendront se loger dans le clocher. La même année, l'église de la Résurrection était à nouveau consacrée et ouverte aux fidèles. Les travaux d'embellissement n'ont pas cessé depuis, évoluant en fonction des ressources disponibles. En 2004, une copie de la grosse cloche a été remontée dans le clocher. Les façades ont été entièrement recrépies en 2005-2007 et récemment repeintes en jaune.

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Une vue de l'église de la Résurrection au début du XXe siècle

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Une vue de l'église de la Résurrection au début du XXe siècle

L'église de la Résurrection est un bâtiment en brique enduite de plâtre construit dans le style du baroque. Le plan est traditionnel avec ses trois parties — le chœur et l'abside, la nef qui sert de réfectoire et le clocher — complétées à l'ouest par le narthex (ou avant-nef) et le parvis. L'abside possède un contour complexe avec une forme en hémicycle et des parties latérales concaves. Le réfectoire, allongé dans le sens est-ouest, est de même largeur que la nef carrée. Du volume de l'ensemble se dégagent deux compositions verticales constituées par la nef carrée coiffée de galeries étagées d'où s'élancent cinq têtes à tambours octaédriques et le clocher, le tout réuni par le réfectoire. L'espace intérieur (abside, réfectoire, avant-nef) est divisé sur deux niveaux. Le réfectoire à étage et voûte à caissons est lié à la nef, dont la galerie inférieure s'achève en voûte d'arête, par une grande baie et aux deux niveaux inférieurs du clocher. L'avant-nef de la galerie basse est divisée en trois par un mur en brique. L'église de la Résurrection, à l'architecture si expressive du baroque, est l'une des plus anciennes constructions en pierre de Tomsk qui ce soit conservée jusqu'à nos jours.

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Le petit clocher séparé et sa cloche-reine récemment restauré et repeint

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La cloche-reine de l'église de la Résurrection (à droite photo (c) 2008 E. Bassyrov)


A suivre : Tomsk partie 2

Regis

Messagepar Regis » mar. mars 10, 2009 3:20 pm

J'ajoute un lien a ce fil ;)
http://tomsk-en-francais.net/index.html


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